Instinct maternel

Instinct maternel

L’instinct maternel ? Vaste sujet me direz-vous, moultes fois traité, largement commenté. Que dire sur lui qui n’ai pas déjà été dit ? Le propos de ce texte n’est absolument pas de dire que je l’ai, qu’il fut merveilleux d’aimer ses enfants et de se sentir maman. Non ! Mais plutôt de m’en plaindre. Car après tout, personnellement, cet instinct maternel, parfois m’encombre.

Sans lui, je ne me serais pas retrouvée à m’interroger à 2h du matin sur les bienfaits de l’allaitement maternel, hésitant entre béatitude et sentiment d’esclavage perpétuel, ni sur les bienfaits de ma présence H24 auprès des enfants. Ou alors à l’inverse, sur l’image de la femme que je donne à mes trois filles en étant « mère au foyer » (sur ce sujet là aussi, il y aurait bien des choses à écrire).

Sans cet instinct maternel, je ne m’angoisserais pas parce que j’ai osé donner une sucette à la grande ou parce que j’ai mis la dernière de 2 ans et demi devant un dessin animé pour pouvoir préparer le dîner sans l’avoir accrochée à mes basques, encore ! Oui, c’est lui qui me fait angoisser, culpabiliser, car consciemment je lui grille les neurones avec un Mouk ou un épisode du village de Danny.

L’instinct maternel, disons-le, nous pourri la vie autant qu’il nous rend heureuse. Et pour ma part, parfois je me dis que sans lui je serais bien plus tranquille.

Sans cet instinct maternel, je ne serais pas en train de régulièrement critiquer l’école parce qu’ils ont décidé de supprimer la récréation de l’après-midi et de la remplacer par un temps calme en intérieur. (Ce qui soit dit en passant est une totale hérésie en termes d’apprentissage). Je n’aurais pas passé des jours à me documenter et à écrire un rapport sur le pourquoi il faut remettre une récréation et sur pourquoi il faut réaménager la cour de récré pour le bien-être de nos enfants. Je n’aurais pas offusqué tout le corps enseignant en mettant le sujet sur la table au dernier conseil d’école. Je ne serais pas sorti de là en me disant qu’il fallait que je sorte mes enfants de cette école avant qu’elle ne les abîme mentalement, physiquement et psychologiquement. Je n’aurais pas passé une soirée entière sur internet à chercher des alternatives dans le coin. Ni une nuit d’insomnie à me demander s’il ne valait pas mieux que je les retire de l’école pour leur faire les cours à la maison. Pour décider que c’était les couper du monde socialement et que donc peut être la solution serait de monter une école pour qu’elles aient une vie sociale riche, un enseignement épanouissant et une santé meilleure. Imaginant déjà la chose et faisant la liste de toutes les actions à entreprendre pour y arriver. Pour finalement vers 4h du matin y renoncer en me disant que je n’avais pas les compétences et que c’était de la folie pure. Donc re-culpabiliser car je les laisse dans leur école.

Oui, je sais la névrose me guette mais tout ça c’est la faute de ce foutu instinct maternel qui me fait dire, faire et penser n’importe quoi n’importe quand et régulièrement. Vous l’aurez compris, l’instinct maternel gagne toujours, quoi qu’il arrive. Vous ne pouvez jamais lutter contre lui, quelque soit la décision que vous prenez, vous culpabiliserez et continuerez à vous demander si vous faites le bon choix.

Alors imaginez un peu comment mon instinct maternel exulte et ne se sent plus de joie en ce moment. Il a une nouvelle matière pour me faire flipper grave, me faire m’angoisser comme jamais, me culpabiliser jusqu’à la fin des temps… j’ai nommé : « LE CORONAVIRUS »

Mon instinct maternel est heureux avec le coronavirus. Il jubile même et se dit « Hé, hé, hé! Enfin je vais pouvoir provoquer quelques crises d’angoisse, quelques nuits d’insomnie qui vont la laisser lessivée au matin sans avoir apporté de réponses ou pris de décision. »

Voilà un microbe qu’il manque à notre musée personnel. Oui, tous les hivers, un musée éphémère du microbe se monte chez nous. Sa durée et sa diversité varie en fonction des maladies rencontrées et de la météo. Si la météo est très froide, le musée ne restera que peut de temps ouvert. Les microbes préférant déménager sous des cieux plus chauds, où ils pourront se reposer et se multiplier à souhait. Si l’hiver est doux voir très doux, alors le musée s’installe d’octobre à avril, il peut même durer jusqu’en mai si en plus, nous avons la chance d’avoir la foire du pollen à côté de chez nous.

Avec le coronavirus, le musée exulte, il va rester ouvert très longtemps et aura une collection bien fournie.

L’instinct maternel, lui profite de la présence du musée pour s’adonner à son occupation favorite : provoquer des angoisses à répétitions. Et si les enfants attrapent le coronavirus, il est certain qu’ils le trouveront moins drôle que le personnage dans Astérix. Et si Numérobis l’attrape ??? Elle qui est déjà fragile des bronches, cela ne va-t-il pas lui être fatal ?

Et c’est là que vous vous dites que les survivalistes américains ont raison, qu’il vaudrait mieux vivre au fond d’une grotte, coupé du monde, en autosuffisance ou alors en haut d’une montagne ou sur une île. Et c’est à ce moment-là, que la machine s’accélère. Il est tard ou très tôt c’est selon, mais votre cerveau pense avoir trouvé LA solution à ce problème de virus. Oui c’est ça ! Partons à Ouessant ou Bréhat non mieux, l’île de Sein ! Elle est bien plus isolée et le risque est moindre que le microbe nous y suive. En plus l’air marin c’est bon pour les bronches. Voilà, l’instinct maternel s’emballe, il fait déjà la liste de vos bagages. Imagine ensuite votre périple à travers la France, pour arriver sur cette île. Problème : et si finalement le virus vous colle au basket comme un vieux chewing-gum ? Et c’est reparti pour un tour. L’instinct maternel est heureux, tellement heureux ! Il danse, fait des pirouettes dans tout les sens. Il a réussi, non seulement à vous priver de sommeil toute une nuit en créant de l’angoisse, mais aussi, cerise sur le gâteau, à vous faire culpabiliser de ne pas partir sur cette île.

Mais ce n’est pas fini, l’instinct maternel vous dit : « Ok on reste chez nous, mais il faut s’organiser, faire des réserves. Comment non, tu ne trouves pas ça utile ? Mais il faut au minimum en faire car les autres en font. Si tu ne fais rien, tu n’auras rien à donner à manger à tes enfants, il n’y aura plus rien dans les magasins ! « 

Ensuite, ne croyez pas qu’il en ait fini avec vous. Non non non ! Il vous relance en vous conseillant de retirer vos enfants de toutes leurs activités collectives. « Mais oui, c’est trop dangereux, ils pourraient attraper cette saleté de virus. » Il vous pousse à retirer vos enfants des cours de danse, de musique etc. Quant à la séance de natation avec l’école, « Mais tu n’y pense pas, avec toute cette morve qui flotte dans les bassins, c’est sûr, elles vont l’attraper le virus. »

Bien sûr, ce serait beaucoup trop simple de suivre uniquement l’avis de votre instinct maternel. A l’opposé de celui-ci, il y a le peu de raison qu’il vous reste. C’est ce qui rend la chose difficile. Car comme la raison vous dit le contraire de l’instinct maternel, vous voilà écartelée, prise en otage par ces deux gangsters.

Si vous suivez votre instinct maternel, vous passez pour une dingue surprotectrice et hypocondriaque de surcroît. Si vous suivez la raison, laissant vos enfants participer à toutes leurs activités et qu’ils choppent cette saleté de virus, vous ne vous le pardonnerez jamais et passez pour une inconsciente égoïste qui favorise la propagation du virus.

Vous êtes coincé avec un dilemme insoluble, quoi que vous fassiez, l’instinct maternel, cet enquiquineur de première a encore été le plus fort. Il vous a battu à plate couture. A la fin, échevelée, les yeux cernés par l’insomnie et gonflés par les pleurs retenus à grand peine, vous demandez simplement grâce ! Vous l’implorer humblement mais sans retenu de vous laisser en paix ne serait-ce qu’une journée… Histoire de reprendre des forces en prévision de sa prochaine attaque.

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